La gauche est en train de mourir, vite, achevons la…

Tel est mon sentiment au lendemain de l’assemblée générale/conseil national “élargi” du Front de gauche de samedi 6 septembre. 

Il y aurait beaucoup à dire et à écrire sur pourquoi et comment cette réunion a été, de mon point de vue, un échec lamentable et préoccupant, dans sa “préparation”, son organisation, son déroulement et ce qui en sort. Mais je ne crois pas que cela en vaille vraiment la peine. 

La contribution qui suit résume des question qui auraient dues/pues être sérieusement discutées de cette journée perdue, qu’illustre la déclaration, d’un vide intersidéral, écrite par la coordination nationale du Front de gauche, et diffusée à l’issue de l’AG (sans qu’il ait été possible d’y apporter la moindre modification). Aucun de points soulevés dans ce texte n’a trouvé ne serait ce que le plus petit début de réponse concrète. En fait aucun des points un tant soit pertinent soulevé par les quelques représentant-e-s des assemblées citoyennes et des fronts thématiques, n’a trouvé de réponse concrète.

Pendant que le PS assassine la gauche de gouvernement, la gauche radicale, elle, se laisse, péniblement, mourir à petits feux. A ce compte là, autant l’achever une bonne fois pour toute.

Wep, on est sérieusement dans la merde.

                                                      ***

Pour surmonter ses difficultés actuelles, le Front de gauche doit, en même temps qu’une clarification stratégique, se donner les moyens de devenir une vraie force collective, structurée et organisée

Danièle Obono (Conseil national, Paris 19e), 3 septembre 2014

En janvier 2013, le texte sur le développement du Front de gauche adopté par sa coordination nationale indiquait :

« Evoquer le développement du Front de Gauche implique un préambule. La question majeure c’est : comment donne-t-on envie de rejoindre le FDG à toutes celles et ceux, issu-e-s notamment des classes populaires et de la jeunesse, n’ayant jamais milité ou il y a longtemps, qui ont soutenu notre campagne ? Cela revient à poser la question de l’utilité du FDG. C’est donc d’abord une réponse politique : la nécessité d’une stratégie claire, d’initiatives concrètes, de bonnes campagnes, du soutien aux mobilisations et de notre progression dans l’ancrage de nos idées et à travers les élections. C’est cela qui donnera envie de rejoindre notre démarche, de construire le FdG. La manifestation du 30 septembre l’a démontré car sa préparation a sensiblement remobilisé les assemblées citoyennes. Cela passe par une élaboration commune, une démarche permanente de co-construction où chaque composante peut apporter son apport, son expérience. Pour cela, il faut bien sûr les cadres qui permettent ces actions communes, l’élaboration collective et des instances qui permettent de se coordonner, de prendre des décisions et de les mettre en application. Car si le Front de Gauche n’est pas un parti, ce n’est plus seulement une alliance électorale. Il s’agit donc d’un mouvement, d’une force politique qui se veut l’outil d’une dynamique populaire. Cela appelle à des formes d’organisation pérennes, à la fois ouvertes, souples mais également efficaces et capables de répondre aux aspirations à le rejoindre. Pour les besoins de la campagne présidentielle, ces structures permanentes se sont étoffées. Il s’agit déjà de s’accorder sur leur continuité voire leur évolution, et de les compléter pour permettre davantage d’implication citoyenne. » 

Presque deux ans plus tard, aucune des cadres et structures d’organisation collectives évoquées dans ce texte n’ont été sérieusement développées, soit par manque de volonté politique, soit par mauvaise volonté pure et simple. La responsabilité de cet échec organisationnel incombe aussi bien à la coordination nationale du Front de gauche, qu’à l’ensemble des composantes qui constituent la dite coordination, à leurs directions et leurs cadres militants.

Les assemblées citoyennes déclarées « essentielles », notamment pour développer l’implication citoyenne, ont été complètement ignorées, abandonnées à elles-mêmes, à la seule détermination des militant-e-s locaux, sans suivi collectif ni soutien national.

Les fronts thématiques, décrits comme des « formes concrètes très précieuses d’intégration du FDG » et des « lieux d’élaboration programmatique, d’actions et d’une expression commune », ont un fonctionnement très inégal, dont il est difficile d’avoir une idée ou une vision claire par manque de mutualisation, et font très peu preuve d’initiatives autonomes. Les rares demandes faites auprès de la coordination nationale, concernant notamment l’activation de l’espace qui devait leur être dédié sur le site, sont restées sans réponses.

Le front des luttes, censé être un « cadre d’élaboration et d’intervention du Front de gauche au service des salarié-e-s » est non seulement aux abonnés absents pour les « salarié-e-s » mais aussi auprès des instances du Front de gauche lui-même.

Le conseil national, « carrefour d’expériences sociales diversifiées, de représentant-e-s de combats collectifs, de militant-e-s syndicalistes, associatifs, de personnalités intellectuelles, culturelles », s’est rapidement atrophié et est devenu une coquille vide. L’absence de réunions au cours de l’année écoulée a certes contribué à ce dépérissement, mais la désertion a en fait commencé très tôt. L’absence de réels pouvoirs et de responsabilités concrètes, ainsi que le manque d’implication des cadres militants en son sein, ont très vite rendu cette instance complètement inutile.

La coordination avec les parlementaires du Front de gauche n’a jamais vu le jour, de même que l’élaboration d’un calendrier annuel de travail, l’organisation de rencontres nationales du Front de gauche et de forums politiques avec les autres forces de gauche. Quant au site internet, un des rares espaces de visibilité collective du Front gauche, il est laissé quasi à l’abandon, alimenté seulement au coup par coup pour les élections.

Enfin, la coordination nationale elle-même, seule et unique instance exécutive et décisionnelle nationale, n’a pas su ou voulu se transformer pour répondre aux importantes tâches organisationnelles devant être mises en œuvre pour développer le Front de gauche. Caractéristique du fonctionnement en cartel, plutôt que celui d’une force collective, elle sert essentiellement aux directions des composantes à « réagir » à l’actualité ou à des échéances pressantes du calendrier, se mettre rapidement d’accord sur telle ou telle autre question politique, aborder superficiellement des discussions « stratégiques » sans jamais les approfondir, le tout sans préparation ni planification, et surtout sans aucun suivi ni réelle interaction/coordination avec les autres instances nationales.

Le résultat de ce fonctionnement erratique c’est qu’en dehors de la période de la campagne présidentielle de 2012, entre fin 2011 et mai 2012, et de l’organisation des manifestations auxquelles nous avons été à l’initiative, le Front de gauche n’a jamais réussi à fonctionner de façon autonome, comme une force collective efficace. La seule campagne non électorale que nous avons tenté de mener, la campagne «  L’alternative à l’austérité c’est possible », organisée de manière poussive, sans véritable équipe nationale, s’est terminée en eau de boudin et n’a fait l’objet d’aucun bilan. Et cette année, de manière assez emblématique, après seulement deux éditions, les Estivales citoyennes du Front de gauche n’ont tout bonnement et simplement pas eu lieu.

Au-delà des déclarations d’intention, qui seront nombreuses lors des débats de l’assemblée générale du 6 septembre et après, le Front de gauche doit maintenant se donner de réelles moyens organisationnelles s’il veut véritablement relancer sa dynamique politique. Ainsi, par exemple, appeler abstraitement à l’ « ouverture », au « dépassement » du Front de gauche et aux « adhésions individuelles », sans s’assurer d’avoir les fondations organisationnelles pour cela, sans réfléchir et préciser sous quelles formes et de quelles manières rendre cela possible, et surtout qu’est-ce que cela va signifier très concrètement en termes de démocratie et d’architecture internes, de représentation/représentativité, de débats, de prises de décision, à tous les niveaux de notre mouvement, revient faire de la langue de bois politicienne.

Pour être réellement utiles, nos discussions du 6 septembre doivent avoir des conclusions concrètes et organisationnelles immédiates. Elles doivent permettre de relancer les instances existantes, de ré-impliquer les forces militantes au sein des cadres collectifs du Front de gauche, en proposant une feuille de route politique et organisationnelle précise, indiquant les campagnes à mener et les responsabilités des différents structures collectives, une feuille de route qui nous donne une boussole pour les mois à venir.

                                               ***

Déclaration du Front de gauche 

La politique suivie par le Président et le Premier ministre entraîne notre pays dans une grave crise économique, sociale, démocratique et politique. Crise économique que traduisent tous les indicateurs ; crise sociale avec un chômage qui s’enracine, la précarité et la pauvreté qui s’accroissent et les protections sociales qui sont constamment rognées ; crise démocratique avec un parlement, des élu-e-s territoriaux, des syndicalistes jamais écoutés et souvent pas consultés ; crise politique du fait de la fuite en avant néolibérale de ce pouvoir contestée au sein même de sa majorité politique. Ces crises alimentent un repli identitaire et nationaliste qui favorisent la désignation de boucs émissaires et font progresser la xénophobie et tous les racismes.

L’ensemble de celles et ceux qui avaient permis la défaite de Nicolas Sarkozy se retrouvent désemparé par cette politique loin, très loin, des valeurs traditionnelles de la gauche. Ce gouvernement se retrouve ainsi de plus en plus illégitime.

Les orientations internationales de François Hollande concourent à cette perte de repère. Il rompt avec la politique traditionnelle de la France à l’égard de la Palestine, s’engage dans des guerres sans qu’apparaisse une stratégie d’ensemble conduisant à des paix durables, se retrouve impuissant avec l’Union européenne à solutionner des conflits internes à l’Europe. Pire, son attitude à l’égard des manifestations de soutien au peuple palestinien cet été, permet de croire qu’il souscrit désormais au « choc des civilisations » cher à Mr Bush en transformant un conflit entre États en guerre de religion et en mettant à l’index les jeunes des quartiers populaires suspectés d’être antisémites.

La constitution du gouvernement Valls 2 n’a fait qu’aggraver les choses en soulignant la pratique autoritaire de ce gouvernement et la multiplication d’interventions inspirées par les exigences du MEDEF. Il expulse des ministres qui expriment leur doute sur la politique suivie, il se fait acclamer par les grands patrons, remet en cause les avancées de la loi sur le logement, poursuit la multiplication des menaces sur le code du travail et sur les 35 heures, reprend des thèmes de la droite visant à culpabiliser les citoyens comme le contrôle des chômeurs etc… etc… Cette ligne suicidaire pour le pays et pour la gauche est clairement assumée par François Hollande et Manuel Valls, mais aussi par le premier secrétaire du parti socialiste.

Ce n’est pas de coupes drastiques dans les dépenses publiques dont la France a besoin mais au contraire de plus de services publics, de protection sociale et d’investissements publics. Cette politique ne peut que mener notre pays qu’à la catastrophe. Elle ne fait qu’un gagnant : les actionnaires dont les dividendes ont augmenté de 30 % au second trimestre 2014 comparés au même trimestre de l’année précédente. Des alternatives existent à condition de répartir autrement les richesses, de partir des besoins sociaux et de la nécessité de répondre à la crise écologique.

Pour imposer sa politique, le président de la République s’appuie sur les institutions de la Ve République. Or celles-ci sont de plus en plus contestées au fur et à mesure que se révèle leur caractère antidémocratique. Une refondation démocratique avec comme perspective la VIe République s’avère comme un moyen essentiel de sortie de la crise. Il est temps de redonner la parole au peuple par un véritable partage des pouvoirs et des responsabilités du local au national. Ce sursaut démocratique doit s’enraciner dans une mobilisation sociale et politique sans précédent.

Le débat sur la politique économique et sociale du gouvernement provoque des fractures au sein même de la majorité gouvernementale. Cette situation ne peut se trancher par un coup de force gouvernemental condamnant la représentation nationale au silence à coup de 49-3 ou d’ordonnances. Tous les parlementaires de gauche qui doutent de cette orientation doivent  voter contre la confiance au gouvernement de Manuel Valls.

Dans cette situation, les mobilisations sociales, les réactions citoyennes sont indispensables pour casser l’offensive du gouvernement et du Medef. Le Front de gauche est favorable à la constitution d’un très large front de résistance pour mettre en échec la politique du gouvernement. C’est dans cet état d’esprit qu’il participe au Collectif, créé lors de la manifestation unitaire du 12 avril 2014, qui regroupe nombre d’organisations syndicales, d’associations et de partis politiques et qui constitue un premier pas vers une dynamique plus large.

Au plan politique le Front de gauche souhaite prendre les initiatives nécessaires à la convergence de celles et ceux qui veulent contribuer à un rassemblement majoritaire permettant de porter une alternative aux choix du pouvoir actuel. Un grand débat national doit avoir lieu sur cette question dans lequel les citoyennes et les citoyens doivent être présents à égalité de responsabilité. Dans cet esprit, le Front de gauche vous appelle d’ores et déjà à participer aux nombreuses initiatives qui auront lieu à la fête de l’Humanité. 

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