Non à la guerre ! Un autre monde, un monde de paix, de justice, d’égalité et de solidarité, est possible !

«  Ils haïssent ce qu’ils voient dans cette assemblée, un gouvernement démocratiquement élu. Leurs dirigeants se désignent eux-mêmes. Ils haïssent nos libertés : notre liberté religieuse, notre liberté de parole, notre liberté de voter et de nous réunir, d’être en désaccord les uns avec les autres. »

George W. Bush devant le Congrès états-unien le 24 septembre 2001

« Les actes commis vendredi soir à Paris et près du Stade de France, sont des actes de guerre. […] Ils constituent une agression contre notre pays, contre ses valeurs, contre sa jeunesse, contre son mode de vie. Ils sont le fait d’une armée djihadiste, le groupe Daech qui nous combat parce que la France est un pays de liberté, parce que nous sommes la patrie des Droits de l’Homme. »

François Hollande devant le Parlement français réuni en congrès le 16 novembre 2015

 

Au cours des cinq dernières années, de la Libye à la Syrie en passant par le Mali, l’impérialisme français a activement pris part à la nouvelle phase de la « guerre contre le terrorisme » lancée en 2001 par les Etats-Unis d’Amérique. Au-delà de la surenchère rhétorique, le choix du gouvernement Hollande-Valls d’ « intensifier » cette politique guerrière suite aux attentats du 13 novembre appelle une réponse alternative, anti-guerre et altermondialiste, tout aussi déterminée de la part des forces de gauche qui se revendiquent du meilleur des traditions anti-impérialistes et internationalistes.

La France dans la géopolitique de la « guerre contre le terrorisme »

L’armée française s’est engagée dès 2001 dans la « guerre contre le terrorisme » en participant notamment à deux opérations militaires en Afghanistan, l’une sous commandement de l’OTAN et l’autre sous commandement états-uniens. En 2010, elle est la quatrième contributrice de la coalition. Ses « forces combattantes » demeurent sur le terrain jusqu’en 2012. En 2011, lorsqu’elle intervient dans la première guerre civile libyenne pour faire tomber l’ex-ami/allié Kadhafi (et pour essayer de faire oublier par la même occasion son soutien à la dictature du tunisien Ben Ali), la France devient la première force aérienne en terme de nombre d’avions engagés dans l’opération militaire.

Deux ans plus tard, les soldats français interviennent à nouveau sur le continent africain, au Mali, pour stopper l’avancée des mouvements rebelles (islamistes et touaregs) qui ont conquis la moitié nord du pays après avoir été, pour beaucoup, combattre en Lybie d’où ils sont revenus entrainés et armés jusqu’aux dents. En 2014, la France lance l’opération « Barkhane » (en remplacement de « Serval » et « Epervier »), destinée à lutter contre le terrorisme dans toute la région du Sahel. 3 000 militaires sont répartis sur les quatre pays (Tchad, Niger, Mali, Burkina Faso) qui y participent. Le dispositif français s’ajoute à celui des Etats-Unis dont des unités militaires sont présentes au Nord, à l’Est et dans l’Ouest du continent devenu un terrain d’opération majeur des grandes puissances impérialistes dans leur « guerre contre le terrorisme » (1).

Truffée d’incohérences et d’inconsistances, motivée bien plus par la promotion de ses intérêts géostratégiques que par celle de la « liberté » et de la « démocratie », la politique d’interventionnisme militaire de la France, comme celle des Etats-Unis, ne réussit qu’à rendre le monde plus violent et plus dangereux (2). Les guerres en Afghanistan et en Irak ont décimé des populations, englouti des sommes colossales et laissé des pays exsangues et déchirés.

L’échec continu et désastreux de la stratégie guerrière

Selon une étude publiée en mars 2015 par plusieurs organisations internationales de médecins dont l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire lauréate du prix Nobel de la Paix en 1985, au moins 1 million de civils seraient morts en Irak, 220 000 en Afghanistan, et 80 000 au Pakistan, tués de manière directe ou indirecte par les guerres qui ont suivi le 11 septembre. Et il s’agirait là d’une « estimation basse » car les chiffres réels pourraient en fait « dépasser les 2 millions » (3). Des dizaines de milliers de civils ont été victimes des « bombardements ciblés », des drones, des commandos spéciaux, des arrestations arbitraires, des tortures…Des millions de personnes ont dû quitter leur pays et se réfugier, dans leur majorité, dans divers autres de la grande région (Iran, Turquie, Syrie, Jordanie, Pakistan…), ou tenter de trouver asile en Europe et vers les Etats-Unis.

Dans un rapport publié en 2014 le Congressional Research Service, un organe du Congrès états-unien, estime le coût financier des guerres en Irak, en Afghanistan et des guerres globales contre le terrorisme à 1 600 milliards de dollars (1 300 milliards d’euros). C’est presque deux fois le coût de l’assurance santé (« Obamacare ») dont bénéficient près de 20 millions d’Etats-unien-ne-s et l’équivalent du PIB annuel de l’Inde et ses 1,2 milliards d’habitant-e-s. Tout ça, pour le plus grand bonheur des marchand-e-s de canon et de pétrole (4). En 2010, sur France Inter, le ministre français de la Défense indiquait que le coût pour la France de la guerre d’Afghanistan s’élevait à 500 millions d’euros par an, sans compter les pertes humaines et matérielles. En 2013, Pierre Conesa, professeur à Sciences-Po, estimait, lui, que depuis 2010 cette guerre aurait accaparé plus de la moitié des ressources budgétaires annuelles des opérations extérieures de la France, soit 1,3 million par jour, et que depuis 2002 la guerre aurait coûté à la France entre 5 à 7 milliards d’euros (5). Pendant la même période, les gouvernements successifs n’ont cessé de pousser toujours plus loin leurs politiques austéritaires.

Tout cela pour quels résultats ? Un pouvoir afghan vacillant, des Talibans qui n’ont jamais été aussi puissants au Pakistan, l’Irak ravagée par les guerres de pouvoir et les attentats, la Libye de nouveau en proie à la guerre civile, et l’organisation « Etat islamique »/Daesh qui prend la place d’Al-Qaeda sur le devant de la scène politique et médiatique comme nouvel ennemi public n°1 en réussissant des attentats meurtriers et spectaculaires sur le sol européen (6).

 Faire cesser l’escalade meurtrière en Syrie

L’intervention militaire de la France et des autres puissances étrangères en Syrie s’inscrit dans la continuité de celles en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Mali…Seules les cibles ont changé de visage. Même rhétorique belliciste qui prétend sauver les populations et importer la démocratie à coups de bombardements. Même double discours hypocrite dénonçant des régimes autoritaires et des idéologies réactionnaires tout en s’alliant avec…d’autres régimes autoritaires aux idéologies réactionnaires. Même renforcement de politiques xénophobes, racistes et sécuritaires au prétexte de défendre des droits, libertés et autres « valeurs » dites de « civilisation »…Et même échec désastreux à éteindre les feux qu’on a activement participé à allumer et à alimenter.

Après plus de quatre ans d’une guerre civile devenue régionale et internationale, qui a causé la mort de centaines de milliers de personnes et le départ de plusieurs millions de réfugié-e-s fuyant leur pays en ruine, ce n’est pas de plus de violence armée dont la Syrie et son peuple ont besoin, mais de paix (7). L’urgence aujourd’hui est de faire cesser la guerre, de chercher et de trouver une solution pacifique à ce conflit meurtrier. Il s’agit d’abord et avant tout de faire prévaloir le droit souverain du peuple syrien à disposer de lui-même, à vivre libre et en sécurité sur son territoire, et à jouir d’institutions démocratiques, tout en garantissant également au peuple kurde aussi bien en Syrie que dans l’ensemble de la région le droit à son autodétermination. Et ce n’est qu’en s’attaquant aux racines structurelles des problèmes de la région que l’on parviendra à vaincre durablement les groupes terroristes tels que l’organisation « Etat islamique ». L’arrêt des interventions étrangères et occidentales serait ainsi un premier (grand) pas. D’autres mesures immédiates comme un embargo international sur les ventes d’armes et les ventes de pétrole accélèreraient également l’assèchement de leurs moyens militaires et financiers.

Le gouvernement français doit donc immédiatement cesser ses bombardements sur le territoire syrien et appuyer l’élaboration d’un accord de paix, de transition démocratique et de reconstruction économique en Syrie, sous contrôle et avec le soutien de la communauté internationale. Il doit également rompre avec sa politique de soutien et de complaisance avec le pouvoir autoritaire d’Erdogan en Turquie, les dictatures dynastiques du Golfe et l’Etat colonial d’Israël. Mais il n’agira dans ce sens que si nous l’exigeons et sommes en mesure de l’y contraindre par la force et l’unité de notre mobilisation.

Mouvement anti-guerre et internationaliste

Le 15 février 2003, les manifestations contre la guerre en Irak qui eurent lieu aux quatre coins de la planète et constituèrent, à ce jour, la plus grande mobilisation de l’Histoire humaine, firent dirent à un journaliste du New York Times qu’il existait désormais « deux superpuissances sur la planète : les Etats-Unis d’Amérique et l’opinion publique mondiale » (8). L’opinion portée haut et fort par des millions de manifestant-e-s à travers le monde était de dire « Non à la guerre ». Depuis, si le monde a malgré tout connu de nouvelles guerres, il a aussi connu des marches, des révoltes et des révolutions qui ont fait trembler et tomber les puissant-e-s en faisant souffler un grand vent de liberté, de dignité et de solidarité.

Il est temps, aujourd’hui, de mobiliser de nouveau cette autre superpuissance planétaire. Aux violences terroristes et guerrières, aux politiques d’austérité et sécuritaires, il faut opposer, aussi bien en France, en Europe qu’à l’échelle internationale, des exigences de paix, de solidarité, de partage, de démocratie, d’égalité des droits, de justice sociale et climatique. D’ores et déjà, deux rendez-vous sont donnés, à Paris, le 29 novembre et le 12 décembre prochains, à l’occasion des mobilisations citoyennes autour du climat. Face au sommet qui réunira les plus grand-e-s fauteur-euse-s de guerre contre les peuples et la planète, faisons de nouveau entendre nos voix qui proposent des alternatives à leur système de mort et de destruction.  

 

Notes

(1) Cf. l’article de Wikipedia sur la « Guerre contre le terrorisme »

(2) Lire notamment Thomas Cantaloube, « Les guerres perdues de Hollande et Sarkozy », Médiapart, 14 novembre 2015.

(3) Ces chiffres confirment la tendance établie l’étude publiée par la revue scientifique médicale britannique Lancet en 2006, qui établissait le nombre de mort-e-s irakien-ne-s à 655 000 entre 2003 et 2006.  Les conclusions des trois organisations internationales sont extrêmement critiques à l’égard des bilans habituellement cités par les médias : la base de données Iraq Body Count, par exemple, ne compte que les morts civils confirmés par au moins deux sources journalistiques différentes. De façon générale, les données citées habituellement seraient 40 fois inférieures à la réalité. Cf. Marc de Miramon, « La « guerre mondiale contre le terrorisme » a tué au moins 1,3 million de civils », L’Humanité Dimanche, 24 avril 2015. Le projet Cost Of War, plateforme de recherche interdisciplinaire états-unienne, avance, lui, le chiffre de 350 000 morts directes, dont 174 000 civils en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.

(4) Eros Sana, « 1600 milliards de dollars : le coût astronomique d’une décennie de guerre contre le terrorisme », Bastamag, 3 mars 2015. Selon Cost of War, le coût financier total s’approcherait plutôt des 4400 milliards de dollars, en ajoutant les 316 milliards de dollars d’intérêt que les États-Unis remboursent à leurs créanciers, et les 1000 milliards de dollars que coutent la couverture santé des militaires démobilisés et blessés, parfois lourdement, physiquement ou psychologiquement.

(5) Pierre Conesa, « Afghanistan : le vrai coût des guerres », Libération, 7 mai 2013

(6) Lire notamment Alain Gresh, « Guerre contre le terrorisme. Acte III », Alain Gresh, Le Monde Diplomatique, octobre 2014 ; « Pour en finir avec le terrorisme », Le Monde Diplomatique, avril 2015.

(7) L’Observatoire syrien des droits de l’Homme avance le chiffre de plus de 240 000 morts, dont plus de 110 000 civils et 12 000 enfants tués en Syrie depuis le début de la guerre. Cf. OSDH, « About 20 millions and half killed, and wounded since the beginning of the Syrian Revolution », 16 octobre 2015. A lire aussi « Des centaines civils victimes collatérales des bombardements aérien contre l’Etat islamique », Le Monde, 03 août 2015.

(8) Patrick E. Tyler, « Threats and Responses: News Analysis; A New Power in the Streets », New York Times, 17 février 2003.

 

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