Une video, deux textes et deux mobilisations à venir

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A voir : quelques moments du meeting du 6 mars contre l’islamophobie à la Bourse du Travail de Saint-Denis (93). Avec Youssef Boussamah, Catherine Samary, Samy Debah, Omar Slaouti, Ndella Paye et plein d’autres camarades trop bien trop bien.

A lire : l’intervention de Michèle Sibony pour l’UJFP à ce même meeting (c’te meuf fait plus pour combattre l’antisémitisme que le Crif et tout l’appareil d’Etat français réunis), et l’alloctution d’Houria Bouteldja sur “Racisme (s) et philosémitisme d’Etat ou comment politiser l’antiracisme en France ?” prononcée à Oslo, le 3 mars 2015, lors de la conférence « Minorités, nationalisme et États-Nations ».

A faire : rassemblement ce dimanche 15/03, 14h30, à Paris Trocadéro pour la journée internationale contre les violences policières, et manif samedi 21/03, 15h, à Paris Barbès, pour la journée mondiale contre le racisme.

L’égalité ou rien.

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L’après 11 janvier (suite) : deux mobilisations à soutenir, un strip et quelques textes à méditer

– Dimanche 18/01 à Paris : manif/rassemblement contre l’islamophobie

– Mardi 20/01, 13h30 au TGI de Paris : procès de Saidou & Said Bouamama

– “On satire”, Joe Sacco, 9 janvier 2015

– “Halte à l’instrumentalisation de l’émotion : refusons la mascarade de l’unité nationale”, FUIQP, 10 janvier 2015

– “Nous vivons une Affaire Dreyfus à l’envers…”, Serge Grossvak, 12 janvier 2015

– “De quoi Charlie est-il le nom?”, Faysal Riad, 13 janvier 2015

– “Nous sommes tous des hypocrites”, Pacôme Thiellement, 13 janvier 2015

– “Charlie à tout prix?”, Lordon le grand, 13 janvier 2015

Pleurer. Organiser.

Un camarade écrivait dernièrement à propos de la grande célébration républicano-nationale , véritable « manif pour tou-te-s », d’aujourd’hui : « Marche silencieuse derrière les bouchers de la planète. C’est la gauche qu’on enterre ? ». Enterrement de première classe, en effet.

Au cours de ma déjà un peu longue vie militante, j’ai beaucoup ri (si, si) et un peu beaucoup pleuré (quand même).

J’ai pleuré les camarades partis les premiers. Trop tôt, toujours trop tôt. Aguirre. Yann.

J’ai pleuré les séparations politiques. La P4. La bande d’Avignon : Nora, Abdel, Ilham. Le NPA.

J’ai pleuré les causes politiques, les nombreuses défaites, les quelques victoires.

La Palestine. Mandela. Obama.

Au cours des dernières 72 heures, j’ai pleuré, un peu, beaucoup, quand même.

J’ai pleuré, un peu, jeudi.

En pensant aux 12 personnes mortes. Aux centaines d’autres qui ne seront pas pleuré-e-s. Aux flambées d’amalgames, d’attaques, d’insultes, d’humiliations, de violences et aux difficiles batailles à venir.

En passant sans m’arrêter devant le rassemblement à la mairie de Montreuil où se trouvait peut-être ma chère Capucine. En faisant ma correspondance sans m’arrêter à République où se trouvaient déjà certainement de nombreux autres camarades. En pensant que je ne pouvais tout simplement pas m’arrêter pour les rejoindre et partager avec eux ma peine et ma force. En pensant qu’il y a quelques années encore, je me serais arrêtée. Je les aurais rejoins. Comme ce 21 avril, il y a 13 ans.

Mais plus maintenant. Plus maintenant. Parce que, entre autres, Charlie, justement…

J’ai pleuré la solitude immense, le sentiment d’avoir perdu, encore un peu plus, peut-être définitivement,  ma gauche.

En pensant à la personne que j’étais à 15 ans, il y a si longtemps maintenant, qui lisait Charlie et Le Canard les mercredis, à la bibliothèque municipale. Qui riait, un peu, ici et là. Qui organisait avec quelques autres, quelques temps plus tard, sa première manif, au lycée, contre la présence du Front national dans nos murs.

J’ai pleuré en écoutant pleurer ma Brune, qui a aimé Charlie, à 15 ans, il y a si longtemps maintenant.

Je n’ai pas pleuré Charlie.

J’ai pleuré, un peu, beaucoup, dans la nuit de samedi à dimanche.

Entourée des quelques ami-e-s et camarades avec qui nous formons désormais une nouvelle minorité : Pablo, Mandana, Félix…portant dans mes bras mon beau Nino.

En pensant aux ami-e-s et aux camarades qui sont devenu-e-s Charlie.

En ressentant l’insupportable violence politique, idéologique, symbolique de l’omniprésente et omnipotente injonction.

En lisant la liste interminable des terroristes venu-e-s des quatre coins de la planète et derrière lesquel-le-s allaient défiler ces Charlie.

En pensant à l’Enfer pavé de bonnes intentions. A l’ « humanisme compassionnel » et les « bons sentiments » comme justifications de l’action politique. A la fleur au fusil. A la guerre en chantant.

J’ai pleuré en pensant à la signature de l’organisation à laquelle j’appartiens, dont je suis encore formellement une des dirigeantes, apposée à côté de celle de l’UMP pour appeler à cette manif en proclamant « Nous sommes Charlie : Défendons les valeurs de la République ! »

En pensant au si petit nombre de camarades signataires de la déclaration « Nous n’irons pas à la manif ce dimanche » et au si petit nombre d’autres qui l’ont inspirée et rendue possible. Merci Julien, Stathis, Nico, Antoine.

En lisant le tract du PCF/Front de gauche appelant noir sur blanc à l’unité nationale. En me rappelant l’émotion ressentie, aux côtés de Pierre et Jean-Luc, fendant la foule de plus de 6000 personnes pour rejoindre la tribune du meeting, ce mardi soir 7 février 2012 à Villeurbanne. En me rappelant les mots de Jean-Luc, à cette autre manif, incroyable, immense, magnifique, ce 18 mars 2012 : « On se cherchait, on s’espérait, on s’est retrouvé ! ». Et on s’est reperdu…

J’ai pleuré en pensant à tous les reculs, toutes les défaites, tous les choix et les décisions politiques des 10-15 dernières années qui nous ont amenés à ce point.

A toutes les jeunes filles exclues (ou poussées vers la sortie) de l’école, du parti, des manifs. Humiliées, insultées, sans recevoir notre soutien ni notre solidarité majoritaires. Voire avec l’assentiment ou à l’instigation de certain-e-s des nôtres.

A toutes les fois où ma gauche s’est refusée de parler d’islamophobie, de ne serait-ce que prononcer le mot. Toutes les fois où elle s’est refusée à se mobiliser contre les lois islamophobes.

Toutes les fois où des camarades ont défendu, mordicus, les caricatures racistes de Charlie Hebdo ou les propos de Caroline Fourest au nom de la « liberté d’expression » (des Blanc-he-s/dominant-e-s) ou de la laïcité « à la Française ». Mais se sont opportunément tu-e-s quand l’Etat s’est attaqué à Dieudonné, voire ont appelé et soutenu sa censure…

Toutes les fois où des « camarades » nous ont sommé-e-s, nous les « islamo-gauchistes », de montrer patte blanche et d’affirmer avant toute autre chose que nous luttions bien contre l’antisémitisme. Toutes les fois que d’autres nous ont carrément, à mots plus ou moins couverts, traité-e-s d’antisémites.

J’ai pleuré en me rappelant le jour où je me suis devenue Noire. Et celui où je suis devenue « intersectionnelle ». La première fois que j’ai été face à face avec le racisme et les privilèges de Blanc-he-s de celles et ceux que je considérais dans leur majorité comme mes « camarades ». L’instant où je me suis rendue compte qu’il y avait bien un « eux » et un « nous » et que j’étais aussi « eux », ces « Autres », et pas tout le temps « nous ». Le moment où je me suis fait dire que j’étais, à la rigueur, « légitime » pour m’occuper de tels sites, assemblées, thématiques et autres commissions mais certainement pas pour représenter ma sensibilité dans certaines instances de direction ou à la tribune de meetings ou de manifs.

J’ai pleuré le suicide de ma gauche. J’ai pleuré les prochaines luttes, encore plus dures, qu’il faudra mener, y compris contre cette gauche-là. J’ai pleuré le sentiment que, pour partie, je ne regrettais pas d’avoir perdu cette gauche-là.

Aujourd’hui, j’organise.

La (re)mobilisation antiraciste. En commençant par soutenir l’appel à manifester le 18 janvier prochain, jour du sommet à Washington entre ministres européens et états-unien « contre le terrorisme » et de la manif islamophobe d’extrême-droite à Paris. Manifester contre l’islamophobie, l’antisémitisme, tous les racismes. Manifester contre l’union sacrée nationale d’Hollande-Valls-Sarkozy, et contre l’union sacrée internationale de la « guerre de civilisation contre le terrorisme ». Manifester pour l’égalité des droits et la justice pour tou-te-s, pour l’émancipation collective et individuelle.

A dimanche prochain à la manif, camarades.

Nous n’irons pas à la manif ce dimanche

Militant-e-s politiques, syndicalistes, associatifs, membres du courant Ensemble ! et du Front de gauche, nous n’irons pas, ce dimanche 11 janvier, à la manifestation appelée par la quasi-totalité des organisations sociales et politiques de ce pays.

Comme des millions de personnes, nous avons été horrifié-e-s par les attentats du 7 janvier. Mais l’émotion légitime face à l’attaque meurtrière qui a coûté la vie à 12 personnes et blessé plusieurs autres a aussitôt été instrumentalisée et dénaturée par tou-te-s les tenant-e-s de l’ordre dominant pour servir un appel strident à l’ « unité nationale ».

Nous refusons de souscrire, de quelque manière que ce soit, à une quelconque « unité » – qu’elle soit « républicaine », nationale ou internationale – qui n’a jamais eu pour conséquence immédiate et ultime que de mener à plus d’oppression et d’exploitation pour la majorité des populations.

En proposant cette union nationale à Sarkozy, Hollande et Valls préparent le consensus national sur les politiques antisociales, sécuritaires, racistes et xénophobes, en cours et à venir. Cette orientation est dirigée contre notre gauche et contre les opprimé-e-s. Elle est dirigée contre l’espoir qui se lève en Europe au travers de Syriza. C’est pour cela que  Samaras se sert sans vergogne de ce drame pour attaquer la gauche radicale grecque et que Merkel, Cameron, Rajoy, Renzi, Junker and cie, ont annoncé leur participation à la manifestation. Elle ne servira qu’à justifier encore plus d’interventions guerrières, et la poursuite effrénée de la « guerre de civilisation », au Moyen-Orient notamment. C’est pour cela que seront également présents Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan, et Avigdor Lieberman, ministre israélien d’extrême-droite des Affaires étrangères.

Et c’est pour cela que nous refusons de nous y associer, directement ou indirectement, de près ou de loin, que ce soit dans le  carré de tête ou à la queue du cortège, dans un appel commun ou dans un appel propre. A chaque fois que les forces de gauche se sont ralliées à ce genre  d’ « Union sacrée », cela s’est toujours très mal terminé, pour elles comme pour l’ensemble de la société. L’enterrement de Jaurès en 1914 fut un de ces moments de bascule. L’assassinat du symbole du pacifisme fut le prétexte pour entraîner la gauche dans le nationalisme et le soutien à la première boucherie mondiale. Imaginer aujourd’hui qu’un raz de marée populaire débordera l’unanimisme institutionnel ou que  nos « propres » drapeaux autres slogans permettront de nous en démarquer est une illusion. Certain-e-s ont fait cette hypothèse après le 21 avril 2002 en imaginant submerger la droite sous les bulletins vote « Chirac ». Le résultat fut l’ascension de Sarkozy, la poursuite des guerres impérialistes, la multiplication des attaques contre les salarié-e-s, les Rroms, les immigré-e-s, les Musulman-e-s…

Nous refusons de participer à une mobilisation soutenue par tous les plus grands terroristes de la planète et  organisée depuis les plus hauts sommets d’un Etat responsable de discriminations racistes quotidiennes, d’interventions militaires impérialistes et néocoloniales, de politiques « austéritaires » et anti-écologiques qui créent toujours plus de misère et de désespoir.

Nous appelons toutes les forces de gauche à s’unir pour construire, dans les prochaines semaines une mobilisation antiraciste qui rassemble opprimé-e-s et exploité-e-s dans un combat commun, contre tous les racismes, l’islamophobie, l’antisémitisme…et pour l’émancipation de tout-e-s et de chacun-e.

Antoine (Ensemble ! Vitry-sur-seine), Annick (Ensemble ! Vitry-sur-seine), Danièle (Ensemble ! Paris 19e),  Gabriel (Ensemble ! Vitry-sur-seine), Nathan (Ensemble ! Lille), Nicolas (Ensemble ! Paris 19e), Nicolas (Ensemble ! fac d’Orsay).