Dépasser le cartel, construire une autre gauche

Le Front de gauche a vécu. S’il a permis de poser les bases d’une politique de gauche alternative, il a échoué à représenter cette alternative, non seulement aux yeux d’une majorité de la population, des millions d’électeur-trice-s qui avaient pourtant voté pour son candidat en 2012, mais aussi parmi les franges les plus organisées, militant-e-s des partis, syndicats, associations et autres mouvements, anciens et nouveau, du peuple de gauche dans toute sa richesse et sa diversité.

Toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent toujours dans l’objectif stratégique qu’il s’était fixé (contester l’hégémonie à gauche du PS social-libéralisé et devenir majoritaire à gauche et dans le pays), dans ses grandes lignes stratégiques et programmatique (unité, autonomie, mobilisation citoyenne), ont aujourd’hui la responsabilité de construire autrement, sur de nouvelles bases, une autre gauche.

Une gauche véritablement antiraciste et solidaire, qui s’adresse sans sectarisme à tous les courants, mouvements et réseaux qui (se) mobilisent aujourd’hui contre les discriminations, pour l’égalité des droits et la justice pour tou-te-s, pour mener ensemble de grande campagnes populaires contre la déchéance de nationalité, la répression des migrant-e-s, le contrôle au faciès et les violences policières…Une gauche activement anti-guerre et internationaliste, capable d’opposer aux stratégies impérialiste de son propre Etat une politique de paix et de justice. Une gauche profondément démocratique qui dépasse le cartel organisationnel pour systématiquement donner la parole et le pouvoir aux citoyen-ne-s et aux militant-e-s.

Cette autre gauche est nécessaire et possible. Mais elle ne se construira pas en reprenant les mêmes mécanos politiques fabriqués par en haut qui nous ont menés à l’échec. Elle se reconstruira dans les fronts de lutte unitaires (contre la guerre, l’austérité, l’état d’urgence démocratique et climatique, l’islamophobie et la xénophobie…), les collectifs locaux de résistance, les mouvements alternatifs qui inventent chaque jour la gauche de demain. Et elle devra converger dans lors des échéances électorales, en premier lieu celles de 2017, non pas à l’issue d’interminables tractations d’appareils, mais à l’initiative d’une grande mobilisation citoyenne qui déterminera le contenu et la représentation d’un projet politique en construction permanente et à vocation majoritaire.

C’est ici et maintenant que tout commence.

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La tribune du jour : « Au Front de gauche, on prend les mêmes et on recommence ! »

Une tribune en forme de petit pavé dans la mare de la gauche radicale blanche, co-écrite et co-signée avec des camarades du Front de gauche.

Attention, c’est chô…

 

Régionales : au Front de gauche, on prend les mêmes et on recommence !

Par Fethi Chouder, Adjoint au maire (Aubervilliers, Seine-Saint-Denis) , Heger Ben Djemaa, Sympathisante (Chelles, Seine-et-Marne) , Assia Benziane, Adjointe au maire (Fontenay-sous-Bois), militante féministe , Pauline MacEachran, Sympathisante (Saint-Denis, Seine-Saint-Denis) , Sofia Manseri, Conseillère municipale, militante citoyenne féministe et antiraciste (Gennevilliers, Hauts-de-Seine) , Madjid Messaoudene, Conseiller municipal délégué (Saint-Denis, Seine-Saint-Denis) , Danièle Obono, Militante afro-féministe et altermondialiste (Paris, XIXe arrondissement) , Mounir Othman, Sympathisant (Saint-Denis, Seine-Saint-Denis) et Raphaële Serreau, Conseillère municipale (Saint-Denis, Seine-Saint-Denis) — Liberation.fr, 9 novembre 2015 à 20:06
Augmentation constante de l’abstention, chute de l’engagement dans les partis, défiance à l’égard du politique… Les analyses et les constats s’accumulent depuis des décennies mais rien n’y fait. Le système politique français continue de s’arc-bouter sur ses privilèges, qui en font la chasse gardée d’hommes blancs, plutôt âgés, appartenant aux classes moyennes supérieures. Si ce «communautarisme» des dominants n’étonne guère à droite, il a de quoi surprendre à gauche, quand cette dernière se prévaut encore d’idéaux révolutionnaires et émancipateurs. Certes, cette gauche-là n’est pas non plus la plus grandement représentée aujourd’hui sur l’échiquier politique… Mais raison de plus ! On sait le gouvernement Valls-Hollande et la direction du PS vendus liquette, corps et âme au néolibéralisme. EELV, qui a pu, un temps, présenter une approche un tantinet différente et novatrice, s’est embourbé dans ses contradictions internes. Quant au Front de gauche, n’en parlons même pas. Ou plutôt si, parlons-en justement !

Une belle idée au départ. Un bon programme : «l’humain d’abord». Une bonne stratégie : unité, autonomie et mobilisation citoyenne. Un réel début de dynamique militante et citoyenne, avec même un petit écho dans les quartiers populaires. Cinq ans plus tard, le rassemblement est resté un cartel d’organisations de plus en plus étriqué, maintenu sans grand enthousiasme sous respiration artificielle, et à qui l’on tente péniblement de redonner vie à l’occasion des échéances électorales. Le spectacle donné au cours des négociations pour les prochaines élections régionales est de ce point de vue particulièrement édifiant. Discussions dominées par la défense égoïste d’intérêts d’appareils, mise de côté de l’implication locale et citoyenne, mise au placard de nos revendications pour changer les pratiques et «faire de la politique autrement»… Résultat : divisions régionales, absence de lisibilité nationale, renouvellement et diversification de la représentation quasi proches de zéro.

Bien sûr, nous savons qu’aucune institution politique, économique, sociale ou culturelle n’est véritablement représentative de la France d’aujourd’hui dans toutes ses diversités. Et le Front de gauche n’a jamais fait exception. Des réunions de direction aux bancs du Parlement, ses élu-e-s et dirigeant-e-s ressemblent peu ou prou à celles et ceux des autres partis : majoritairement blanc-he-s, relativement âgé-e-s et CSP +. Tout ceci résulte de choix politiques (ou en l’occurrence de non-choix) et du refus (au mieux inconscient mais tenace) de laisser émerger de nouvelles générations. Les prochaines élections régionales seront un nouvel acte manqué, un de plus.

Ainsi, en Ile-de-France, deux des têtes de liste n’habitent pas dans le département dans lequel elles se présentent. Elles sont donc «parachutées». Deux sont déjà élues à d’autres mandats et donc potentiellement cumulardes, toutes sont membres des partis du cartel, et toutes sont blanches. Comment ces pratiques politiciennes, que nous ne pouvons que condamner, sont-elles encore possibles à gauche ? En 2015 ? Dans une région au tissu associatif dynamique, à la population jeune et si riche de sa diversité culturelle ? L’Ile-de-France serait-elle devenue, du jour au lendemain, une région «de race blanche», sans jeunes, sans classes populaires ? Dans une interview à l’AFP en février, Memona Hintermann, journaliste membre du CSA, déclarait que «les télés ont peur de montrer des Noirs et des Arabes». Visiblement, en tête de liste, le Front de gauche aussi. Il aurait pourtant plutôt intérêt à méditer les paroles d’Edouard Glissant et de Patrick Chamoiseau : «Nous sommes sur la même yole. Personne ne saurait se sauver seul. Aucune société, aucune économie. Aucune langue n’est, sans le concert des autres. Aucune culture, aucune civilisation n’atteint à la plénitude sans relation aux autres.»

Plus de trente ans après la marche pour l’égalité et contre le racisme, et dix ans après les révoltes des quartiers populaires, il y a quelques jours, la Marche de la dignité et contre le racisme, à laquelle ont appelé les principales forces du Front de gauche (PCF, PG, Ensemble), réclamait justement le respect des quartiers populaires dans toutes ses composantes. Malgré les luttes contre le racisme d’Etat, les discriminations et les inégalités n’y ont jamais cessé. Parce que, précisément, rien n’a changé. La situation s’est même aggravée. La politique du PS, dans la lignée de celle d’une certaine droite raciste décomplexée, l’a fait empirer et a alimenté la montée du FN. Et la gauche radicale n’a ni su ni voulu s’adresser à, représenter, et encore moins s’allier à ces mouvements de toutes les couleurs.

Antonio Gramsci disait que « la crise consiste justement dans le fait que le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » . Aujourd’hui, à gauche, la vieille politique qui se meurt doit accepter de faire place à la nouvelle, qui s’invente notamment dans les mouvements alternatifs et autonomes pour pouvoir vaincre les monstres que nous avons laissés prospérer. Faire place, en notre sein, à l’égalité réelle, incarner l’idéal républicain à travers notamment une meilleure représentativité. Faire «place au peuple», à tout le peuple. Le temps nous est compté.

L’unité, comment et pour quoi faire ?

Dans moins de deux mois maintenant vont avoir lieu : d’une part, l’une des plus importantes mobilisations alter/écolo/mondialistes en France depuis longtemps à l’occasion de la COP 21, et, d’autre part, les élections régionales qui seront le dernier rendez-vous électoral national avant les Présidentielles et Législatives de 2017. Deux échéances majeures pour lesquelles la gauche radicale devrait en ordre de bataille, enthousiaste, unie et déterminée, mais qu’elle aborde en ordre dispersé, affaiblie, morose et dubitative.

Les données objectives de la période expliquent en partie cette situation : la crise (économique, politique, sociale et idéologique) du système capitaliste, les politiques austéritaires des sociaux-libéraux, l’offensive réactionnaire, raciste et xénophobe de la droite et de l’extrême-droite, le faible niveau des mobilisations des salarié-e-s et du mouvement social traditionnel, etc. Tous ces facteurs jouent un rôle important dans la dégradation du rapport de force global. Mais il en existe aussi un certain nombre d’autres, tout aussi importants, qui renvoient plus subjectivement aux stratégies des organisations et directions de la gauche dite « d’alternative ».

L’échec du Front de gauche…et d’Ensemble !

Fête de l’Huma, septembre 2011. Photo : Stéphane Burlot.

Depuis trois ans, l’échec du Front de gauche à construire un mouvement large, ouvert et dynamique, incluant composantes politiques ET initiatives associatives et citoyennes, a ainsi grandement participé à l’affaiblissement de notre camps politique et social. Toutes les composantes de l’actuel Front de gauche portent une part de responsabilité dans cet échec, qui varie selon leur force et leur influence. En premier lieu, il y a bien sur le PCF, paralysé  par ses ambigüités stratégiques et incapable de penser au-delà de la défense désespérée de ses intérêts d’appareils. Il y a aussi le PG, ses « coups » tactiques à répétition et ses méthodes de bourrin qui échouent à faire significativement avancer le schmilblick. Mais il y a également Ensemble !, sa recherche permanente du consensus mou et ses velléités unitaires incantatoires qui ne parviennent pas à cacher son impuissance. Or, si nous, à Ensemble !, sommes toujours de promptes critiques de nos partenaires du Front de gauche, nous sommes souvent plus réticent-e-s à reconnaître et interroger nos propres erreurs et inconséquences.

Ainsi en a-t-il été du bilan de l’assemblée générale (AG)/conseil national (CN)élargi du Front de gauche organisée en septembre de l’année dernière et qui est ce jour la dernière initiative de débat collectif interne au Front de gauche. Cette réunion aurait dû permettre de « relancer » le Front de gauche et de prendre des initiatives en direction du reste de la gauche et des classes populaires. Il n’en a rien été. C’est la litanie des vœux pieux habituels et le concert de langue de bois politicienne qui ont prévalu. Aucune proposition de relance n’en est sortie, et encore moins de réponses claires aux interpellations des quelques représentant-e-s des assemblées citoyennes et des fronts thématiques présent-e-s. La déclaration, rédigée par nos soins et adoptée par la coordination nationale du Front de gauche sans avoir été ni sérieusement discutée ni travaillée ultérieurement par l’AG/CN, est à l’image de cette journée : d’un vide intersidéral. Chacun-e est donc reparti-e faire de son côté, se satisfaisant de maintenir le Front de gauche sous respiration artificielle, et se fendant de déclarations et de sourires hypocrites une semaine plus tard devant les caméras de la fête de l’Huma pour maintenir l’apparence d’une unité dont personne n’était dupe.

Au printemps dernier, tandis que le PCF s’empressait de ne surtout rien faire ni rien décider et que le PG lançait en solo des « rassemblements citoyens » dans la foulée du « Mouvement pour la 6e République » que nous avions choisi d’ignorer, nous (Ensemble !) avons défendu le processus des « Chantiers d’espoir ». A ce jour, je ne suis toujours pas certaine de savoir quel en était l’objectif concret. S’agissait-il d’affirmer notre opposition à la politique de gouvernement Hollande-Valls, de ré-écrire un nouveau programme de mesures d’urgence, de dépasser le Front de gauche dans un nouveau mouvement, créer des « convergences » de luttes ou discuter franchement d’une plate-forme politique prélude à une alliance électorale commune ? Nous n’avons jamais fait l’effort de clarifier ce à quoi devait servir concrètement cette initiative. Résultats : personne, parmi nos partenaires et y compris dans nos propres rangs, n’a été vraiment convaincu ni n’a su quoi faire du « machin » dont la direction organisationnelle a été laissée à une figure issue du PS sans légitimité ni ressources suffisantes pour impliquer largement les réseaux militants et encore moins au-delà.

Quel bilan tirons-nous de l’échec des « Chantiers d’espoirs » ? Considérons-nous même que cette orientation a été un échec ? Silence radio. Aucune analyse, aucun bilan. Nous avons passé des mois à entonner le crédo confus d’une unité abstraite et à sous-estimer l’importance d’avoir des propositions concrètes et des exigences précises, notamment au niveau électoral. Au final, et comme il fallait s’y attendre, le calendrier nous a rattrapé. Nous nous sommes laissé-e-s dépasser par les un-e-s (EELV), tordre le bras par les autres (PCF) et enfermé-e-s dans une logique étroite de cartels sans la moindre dynamique extérieure.

Quid du mouvement social et associatif que nous sommes pourtant censé-e-s être les seul-e-s à véritablement prendre en considération ? Quid de l’implication citoyenne que nous estimons pourtant fondamentale dans la construction de l’alternative ? Quid du changement des pratiques et du renouvellement de la représentation politique conditions nécessaires (voire impératives) à la construction de nouveaux mouvements politiques ? Quid de la diversité générationnelle et multiculturelle, du non-cumul des mandats, de la révocabilité des élu-e-s, etc., pour pouvoir s’adresser et intégrer largement les forces individuelles et collectives au-delà de la peau de chagrin de nos sphères militantes traditionnelles, majoritairement cis/blanches/hétéro/masculines ? A force de défendre l’unité à tout (n’importe quel) prix, sans clarté et sans boussole, nous avons fini par remiser tout cela au placard. On verra ça après les élections…ou pire : on recommencera la même aux prochaines élections.

Se donner, même modestement, les moyens de nos ambitions

Les voies de la lutte des classes sont impénétrables. Et nous sommes bien peu de choses dans ce grand désordre dialectique. Mais si nous sommes engagé-e-s et organisé-e-s politiquement, c’est parce que nous pensons que même ce « peu » là compte. Que rien n’est écrit ni joué d’avance. En l’espace de quelques mois, nous avons vécu la défaite du gouvernement Syriza face aux diktats de la Troïka et la victoire de la gauche Corbyn à la direction d’un des plus vieux, plus puissant et plus social-libéralisé parti social-démocrate d’Europe. L’instabilité objective du système lui-même le rend d’autant plus susceptible aux influences subjectives. Nous ne sommes pas condamné-e-s à être tantôt les éternel-le-s commentateur-trice-s du match PC vs PG, tantôt ses arbitres/casques bleus, tantôt la troisième composante/roue du carrosse. A notre modeste échelle, nous pouvons contribuer à faire exister une véritable alternative à gauche et à changer les rapports de force dans la société. Pour cela, il nous faut clarifier nos objectifs, notre stratégie et nos moyens.

L’unité n’est pas un objectif en soi. L’unité pour l’unité ne sert à rien. L’unité sans boussole et sans rapport de force peut mener droit dans le mur. Et surtout, on ne peut pas être une force de changement véritable, sans travailler au dépassement de ses propres structures et fonctionnements archaïques et sclérosés. On ne peut prétendre œuvrer à la transformation révolutionnaire de la société, si on n’est pas soi-même capable de changer, de se transformer. A force de calculs égoïstes, d’erreurs et d’inconséquences, les prochaines élections se profilent comme un (très) mauvais moment à passer pour la gauche. Heureusement, il existe au moins deux autres fronts de lutte que nous pouvons soutenir et participer à construire dans les prochains mois et qui représentent une chance, peut-être la dernière chance, de renouveau de l’alternative à gauche.

Trente ans après la Marche pour l’égalité, dix ans après les révoltes des banlieues, de nouveaux mouvements antiracistes ont vu le jour, portés par de nouvelles générations militantes. Ces dernières ont une défiance viscérale à l’égard du PS qui, une fois au pouvoir, s’est empressé de renier ses engagements en matière de droit vote des résident-e-s étranger-e-s, et a préféré emboiter le pas à la droite en s’en prenant aux salarié-e-s, aux Roms, aux immigré-e-s. Mais elles n’attendent plus grand-chose non plus de la gauche radicale qui s’est jusqu’à présent montrée totalement inconséquente sur la question du racisme et des discriminations, reste encore très réticente à reconnaître les positions de privilèges qui demeurent en son sein, et se refuse à interroger et déconstruire l’impensé colonial et postcolonial qui alimente ses propres préjugés et comportements racistes.

Fin octobre aura lieu une nouvelle marche « de la dignité et contre le racisme » à l’initiative de plusieurs associations et collectifs antiracistes. Non seulement la gauche blanche radicale doit soutenir cette initiative, mais elle se doit d’y participer, en se comportant comme une alliée respectueuse, à l’écoute avant d’être éventuellement critique et surtout débarrassée de ses mauvaises habitudes de professeure rouge donneuse de leçons politiques et stratégiques. De façon similaire, nous devons développer une approche plus humble et ouverte dans la manière de construire le grand mouvement pour la justice climatique qui s’est donné rendez-vous à Paris cet automne. Cette mobilisation est l’occasion pour nous non seulement de préciser et faire connaître nos propositions éco-socialistes, mais aussi d’accepter et d’intégrer d’autres modes d’organisation et de participation militantes et citoyennes.

L’unité de notre gauche, de notre camp, est une condition sine qua non pour battre la droite et combattre durablement l’extrême-droite qui mène actuellement l’offensive la plus soutenue pour représenter une alternative réactionnaire, raciste et xénophobe au social-libéralisme. Mais cette unité doit se faire dans un but précis, sur des bases claires et avec des objectifs concrets. Elle doit se construire au travers d’alliances qui dépassent les cartels des partis pour intégrer les nouvelles dynamiques autonomes, associatives et citoyennes et créer ainsi les mouvements auto-émancipateurs d’aujourd’hui et de demain. Le temps nous est compté. Nous n’avons plus le droit à l’erreur.

Le rendez-vous à ne pas rater à la fête de l’Huma : le débat sur les violences policières

Sources photos : pages Facebook “Qui a tué Ali Ziri” – Le film & “Marche pour la dignité et contre le racisme”.

Le rendez-vous à ne pas rater à la fête de l’Huma c’est samedi 12 septembre à 19 h au stand du Front de Gauche (avenue Toussaint Louverture) : débat sur les violences policières, organisé par le Front de Gauche antiracismes, avec Luc Decaster, réalisateur du film “Qui a tué Ali Ziri”, Omar Slaouti, membre du Collectif “Vérité et Justice pour Ali Ziri” à Argentueil (95), Amal Bentounsi, membre du collectif “Urgence Notre Police Assassine” et initiatrice de l’appel à la “Marche pour la dignité et contre le racisme” du 31 octobre 2015, et Salomé Linglet, membre de l’ACAT.

Pleurer. Organiser.

Un camarade écrivait dernièrement à propos de la grande célébration républicano-nationale , véritable « manif pour tou-te-s », d’aujourd’hui : « Marche silencieuse derrière les bouchers de la planète. C’est la gauche qu’on enterre ? ». Enterrement de première classe, en effet.

Au cours de ma déjà un peu longue vie militante, j’ai beaucoup ri (si, si) et un peu beaucoup pleuré (quand même).

J’ai pleuré les camarades partis les premiers. Trop tôt, toujours trop tôt. Aguirre. Yann.

J’ai pleuré les séparations politiques. La P4. La bande d’Avignon : Nora, Abdel, Ilham. Le NPA.

J’ai pleuré les causes politiques, les nombreuses défaites, les quelques victoires.

La Palestine. Mandela. Obama.

Au cours des dernières 72 heures, j’ai pleuré, un peu, beaucoup, quand même.

J’ai pleuré, un peu, jeudi.

En pensant aux 12 personnes mortes. Aux centaines d’autres qui ne seront pas pleuré-e-s. Aux flambées d’amalgames, d’attaques, d’insultes, d’humiliations, de violences et aux difficiles batailles à venir.

En passant sans m’arrêter devant le rassemblement à la mairie de Montreuil où se trouvait peut-être ma chère Capucine. En faisant ma correspondance sans m’arrêter à République où se trouvaient déjà certainement de nombreux autres camarades. En pensant que je ne pouvais tout simplement pas m’arrêter pour les rejoindre et partager avec eux ma peine et ma force. En pensant qu’il y a quelques années encore, je me serais arrêtée. Je les aurais rejoins. Comme ce 21 avril, il y a 13 ans.

Mais plus maintenant. Plus maintenant. Parce que, entre autres, Charlie, justement…

J’ai pleuré la solitude immense, le sentiment d’avoir perdu, encore un peu plus, peut-être définitivement,  ma gauche.

En pensant à la personne que j’étais à 15 ans, il y a si longtemps maintenant, qui lisait Charlie et Le Canard les mercredis, à la bibliothèque municipale. Qui riait, un peu, ici et là. Qui organisait avec quelques autres, quelques temps plus tard, sa première manif, au lycée, contre la présence du Front national dans nos murs.

J’ai pleuré en écoutant pleurer ma Brune, qui a aimé Charlie, à 15 ans, il y a si longtemps maintenant.

Je n’ai pas pleuré Charlie.

J’ai pleuré, un peu, beaucoup, dans la nuit de samedi à dimanche.

Entourée des quelques ami-e-s et camarades avec qui nous formons désormais une nouvelle minorité : Pablo, Mandana, Félix…portant dans mes bras mon beau Nino.

En pensant aux ami-e-s et aux camarades qui sont devenu-e-s Charlie.

En ressentant l’insupportable violence politique, idéologique, symbolique de l’omniprésente et omnipotente injonction.

En lisant la liste interminable des terroristes venu-e-s des quatre coins de la planète et derrière lesquel-le-s allaient défiler ces Charlie.

En pensant à l’Enfer pavé de bonnes intentions. A l’ « humanisme compassionnel » et les « bons sentiments » comme justifications de l’action politique. A la fleur au fusil. A la guerre en chantant.

J’ai pleuré en pensant à la signature de l’organisation à laquelle j’appartiens, dont je suis encore formellement une des dirigeantes, apposée à côté de celle de l’UMP pour appeler à cette manif en proclamant « Nous sommes Charlie : Défendons les valeurs de la République ! »

En pensant au si petit nombre de camarades signataires de la déclaration « Nous n’irons pas à la manif ce dimanche » et au si petit nombre d’autres qui l’ont inspirée et rendue possible. Merci Julien, Stathis, Nico, Antoine.

En lisant le tract du PCF/Front de gauche appelant noir sur blanc à l’unité nationale. En me rappelant l’émotion ressentie, aux côtés de Pierre et Jean-Luc, fendant la foule de plus de 6000 personnes pour rejoindre la tribune du meeting, ce mardi soir 7 février 2012 à Villeurbanne. En me rappelant les mots de Jean-Luc, à cette autre manif, incroyable, immense, magnifique, ce 18 mars 2012 : « On se cherchait, on s’espérait, on s’est retrouvé ! ». Et on s’est reperdu…

J’ai pleuré en pensant à tous les reculs, toutes les défaites, tous les choix et les décisions politiques des 10-15 dernières années qui nous ont amenés à ce point.

A toutes les jeunes filles exclues (ou poussées vers la sortie) de l’école, du parti, des manifs. Humiliées, insultées, sans recevoir notre soutien ni notre solidarité majoritaires. Voire avec l’assentiment ou à l’instigation de certain-e-s des nôtres.

A toutes les fois où ma gauche s’est refusée de parler d’islamophobie, de ne serait-ce que prononcer le mot. Toutes les fois où elle s’est refusée à se mobiliser contre les lois islamophobes.

Toutes les fois où des camarades ont défendu, mordicus, les caricatures racistes de Charlie Hebdo ou les propos de Caroline Fourest au nom de la « liberté d’expression » (des Blanc-he-s/dominant-e-s) ou de la laïcité « à la Française ». Mais se sont opportunément tu-e-s quand l’Etat s’est attaqué à Dieudonné, voire ont appelé et soutenu sa censure…

Toutes les fois où des « camarades » nous ont sommé-e-s, nous les « islamo-gauchistes », de montrer patte blanche et d’affirmer avant toute autre chose que nous luttions bien contre l’antisémitisme. Toutes les fois que d’autres nous ont carrément, à mots plus ou moins couverts, traité-e-s d’antisémites.

J’ai pleuré en me rappelant le jour où je me suis devenue Noire. Et celui où je suis devenue « intersectionnelle ». La première fois que j’ai été face à face avec le racisme et les privilèges de Blanc-he-s de celles et ceux que je considérais dans leur majorité comme mes « camarades ». L’instant où je me suis rendue compte qu’il y avait bien un « eux » et un « nous » et que j’étais aussi « eux », ces « Autres », et pas tout le temps « nous ». Le moment où je me suis fait dire que j’étais, à la rigueur, « légitime » pour m’occuper de tels sites, assemblées, thématiques et autres commissions mais certainement pas pour représenter ma sensibilité dans certaines instances de direction ou à la tribune de meetings ou de manifs.

J’ai pleuré le suicide de ma gauche. J’ai pleuré les prochaines luttes, encore plus dures, qu’il faudra mener, y compris contre cette gauche-là. J’ai pleuré le sentiment que, pour partie, je ne regrettais pas d’avoir perdu cette gauche-là.

Aujourd’hui, j’organise.

La (re)mobilisation antiraciste. En commençant par soutenir l’appel à manifester le 18 janvier prochain, jour du sommet à Washington entre ministres européens et états-unien « contre le terrorisme » et de la manif islamophobe d’extrême-droite à Paris. Manifester contre l’islamophobie, l’antisémitisme, tous les racismes. Manifester contre l’union sacrée nationale d’Hollande-Valls-Sarkozy, et contre l’union sacrée internationale de la « guerre de civilisation contre le terrorisme ». Manifester pour l’égalité des droits et la justice pour tou-te-s, pour l’émancipation collective et individuelle.

A dimanche prochain à la manif, camarades.

Rassemblement pour une alternative à l’austérité, Lyon, 15 novembre 2014

J’y suis intervenue pour le mouvement Ensemble ! au côté notamment de Corinne Morel-Darleux, conseillière régionale PG – Front de gauche et militante écologiste.

C’était un rassemblement relativement modeste, même si au niveau national ce sont plusieurs milliers de personnes qui se sont mobilisées ce jour là sur le sujet. Si, comme je le souligne dans mon intervention, l’unité réalisée est à saluer, elle arrive un peu tard à mon avis (et pour être plus précise, je dirais même qu’on a perdu deux ans, depuis la première grande manif à l’initiative du Front de gauche en septembre 2012). Et surtout il faut désormais franchir un pas qualitatif significatif, faire “fleurir nos alternatives” comme le dit si joliment Corinne dans son intervention. Manifester tous les 6/9 mois “tou-te-s ensemble” ne suffit plus. Il faut proposer, ensemble, des politiques alternatives, et les défendre, ensemble, dans la rue…et dans les urnes.

La gauche est en train de mourir, vite, achevons la…

Tel est mon sentiment au lendemain de l’assemblée générale/conseil national “élargi” du Front de gauche de samedi 6 septembre. 

Il y aurait beaucoup à dire et à écrire sur pourquoi et comment cette réunion a été, de mon point de vue, un échec lamentable et préoccupant, dans sa “préparation”, son organisation, son déroulement et ce qui en sort. Mais je ne crois pas que cela en vaille vraiment la peine. 

La contribution qui suit résume des question qui auraient dues/pues être sérieusement discutées de cette journée perdue, qu’illustre la déclaration, d’un vide intersidéral, écrite par la coordination nationale du Front de gauche, et diffusée à l’issue de l’AG (sans qu’il ait été possible d’y apporter la moindre modification). Aucun de points soulevés dans ce texte n’a trouvé ne serait ce que le plus petit début de réponse concrète. En fait aucun des points un tant soit pertinent soulevé par les quelques représentant-e-s des assemblées citoyennes et des fronts thématiques, n’a trouvé de réponse concrète.

Pendant que le PS assassine la gauche de gouvernement, la gauche radicale, elle, se laisse, péniblement, mourir à petits feux. A ce compte là, autant l’achever une bonne fois pour toute.

Wep, on est sérieusement dans la merde.

                                                      ***

Pour surmonter ses difficultés actuelles, le Front de gauche doit, en même temps qu’une clarification stratégique, se donner les moyens de devenir une vraie force collective, structurée et organisée

Danièle Obono (Conseil national, Paris 19e), 3 septembre 2014

En janvier 2013, le texte sur le développement du Front de gauche adopté par sa coordination nationale indiquait :

« Evoquer le développement du Front de Gauche implique un préambule. La question majeure c’est : comment donne-t-on envie de rejoindre le FDG à toutes celles et ceux, issu-e-s notamment des classes populaires et de la jeunesse, n’ayant jamais milité ou il y a longtemps, qui ont soutenu notre campagne ? Cela revient à poser la question de l’utilité du FDG. C’est donc d’abord une réponse politique : la nécessité d’une stratégie claire, d’initiatives concrètes, de bonnes campagnes, du soutien aux mobilisations et de notre progression dans l’ancrage de nos idées et à travers les élections. C’est cela qui donnera envie de rejoindre notre démarche, de construire le FdG. La manifestation du 30 septembre l’a démontré car sa préparation a sensiblement remobilisé les assemblées citoyennes. Cela passe par une élaboration commune, une démarche permanente de co-construction où chaque composante peut apporter son apport, son expérience. Pour cela, il faut bien sûr les cadres qui permettent ces actions communes, l’élaboration collective et des instances qui permettent de se coordonner, de prendre des décisions et de les mettre en application. Car si le Front de Gauche n’est pas un parti, ce n’est plus seulement une alliance électorale. Il s’agit donc d’un mouvement, d’une force politique qui se veut l’outil d’une dynamique populaire. Cela appelle à des formes d’organisation pérennes, à la fois ouvertes, souples mais également efficaces et capables de répondre aux aspirations à le rejoindre. Pour les besoins de la campagne présidentielle, ces structures permanentes se sont étoffées. Il s’agit déjà de s’accorder sur leur continuité voire leur évolution, et de les compléter pour permettre davantage d’implication citoyenne. » 

Presque deux ans plus tard, aucune des cadres et structures d’organisation collectives évoquées dans ce texte n’ont été sérieusement développées, soit par manque de volonté politique, soit par mauvaise volonté pure et simple. La responsabilité de cet échec organisationnel incombe aussi bien à la coordination nationale du Front de gauche, qu’à l’ensemble des composantes qui constituent la dite coordination, à leurs directions et leurs cadres militants.

Les assemblées citoyennes déclarées « essentielles », notamment pour développer l’implication citoyenne, ont été complètement ignorées, abandonnées à elles-mêmes, à la seule détermination des militant-e-s locaux, sans suivi collectif ni soutien national.

Les fronts thématiques, décrits comme des « formes concrètes très précieuses d’intégration du FDG » et des « lieux d’élaboration programmatique, d’actions et d’une expression commune », ont un fonctionnement très inégal, dont il est difficile d’avoir une idée ou une vision claire par manque de mutualisation, et font très peu preuve d’initiatives autonomes. Les rares demandes faites auprès de la coordination nationale, concernant notamment l’activation de l’espace qui devait leur être dédié sur le site, sont restées sans réponses.

Le front des luttes, censé être un « cadre d’élaboration et d’intervention du Front de gauche au service des salarié-e-s » est non seulement aux abonnés absents pour les « salarié-e-s » mais aussi auprès des instances du Front de gauche lui-même.

Le conseil national, « carrefour d’expériences sociales diversifiées, de représentant-e-s de combats collectifs, de militant-e-s syndicalistes, associatifs, de personnalités intellectuelles, culturelles », s’est rapidement atrophié et est devenu une coquille vide. L’absence de réunions au cours de l’année écoulée a certes contribué à ce dépérissement, mais la désertion a en fait commencé très tôt. L’absence de réels pouvoirs et de responsabilités concrètes, ainsi que le manque d’implication des cadres militants en son sein, ont très vite rendu cette instance complètement inutile.

La coordination avec les parlementaires du Front de gauche n’a jamais vu le jour, de même que l’élaboration d’un calendrier annuel de travail, l’organisation de rencontres nationales du Front de gauche et de forums politiques avec les autres forces de gauche. Quant au site internet, un des rares espaces de visibilité collective du Front gauche, il est laissé quasi à l’abandon, alimenté seulement au coup par coup pour les élections.

Enfin, la coordination nationale elle-même, seule et unique instance exécutive et décisionnelle nationale, n’a pas su ou voulu se transformer pour répondre aux importantes tâches organisationnelles devant être mises en œuvre pour développer le Front de gauche. Caractéristique du fonctionnement en cartel, plutôt que celui d’une force collective, elle sert essentiellement aux directions des composantes à « réagir » à l’actualité ou à des échéances pressantes du calendrier, se mettre rapidement d’accord sur telle ou telle autre question politique, aborder superficiellement des discussions « stratégiques » sans jamais les approfondir, le tout sans préparation ni planification, et surtout sans aucun suivi ni réelle interaction/coordination avec les autres instances nationales.

Le résultat de ce fonctionnement erratique c’est qu’en dehors de la période de la campagne présidentielle de 2012, entre fin 2011 et mai 2012, et de l’organisation des manifestations auxquelles nous avons été à l’initiative, le Front de gauche n’a jamais réussi à fonctionner de façon autonome, comme une force collective efficace. La seule campagne non électorale que nous avons tenté de mener, la campagne «  L’alternative à l’austérité c’est possible », organisée de manière poussive, sans véritable équipe nationale, s’est terminée en eau de boudin et n’a fait l’objet d’aucun bilan. Et cette année, de manière assez emblématique, après seulement deux éditions, les Estivales citoyennes du Front de gauche n’ont tout bonnement et simplement pas eu lieu.

Au-delà des déclarations d’intention, qui seront nombreuses lors des débats de l’assemblée générale du 6 septembre et après, le Front de gauche doit maintenant se donner de réelles moyens organisationnelles s’il veut véritablement relancer sa dynamique politique. Ainsi, par exemple, appeler abstraitement à l’ « ouverture », au « dépassement » du Front de gauche et aux « adhésions individuelles », sans s’assurer d’avoir les fondations organisationnelles pour cela, sans réfléchir et préciser sous quelles formes et de quelles manières rendre cela possible, et surtout qu’est-ce que cela va signifier très concrètement en termes de démocratie et d’architecture internes, de représentation/représentativité, de débats, de prises de décision, à tous les niveaux de notre mouvement, revient faire de la langue de bois politicienne.

Pour être réellement utiles, nos discussions du 6 septembre doivent avoir des conclusions concrètes et organisationnelles immédiates. Elles doivent permettre de relancer les instances existantes, de ré-impliquer les forces militantes au sein des cadres collectifs du Front de gauche, en proposant une feuille de route politique et organisationnelle précise, indiquant les campagnes à mener et les responsabilités des différents structures collectives, une feuille de route qui nous donne une boussole pour les mois à venir.

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Déclaration du Front de gauche 

La politique suivie par le Président et le Premier ministre entraîne notre pays dans une grave crise économique, sociale, démocratique et politique. Crise économique que traduisent tous les indicateurs ; crise sociale avec un chômage qui s’enracine, la précarité et la pauvreté qui s’accroissent et les protections sociales qui sont constamment rognées ; crise démocratique avec un parlement, des élu-e-s territoriaux, des syndicalistes jamais écoutés et souvent pas consultés ; crise politique du fait de la fuite en avant néolibérale de ce pouvoir contestée au sein même de sa majorité politique. Ces crises alimentent un repli identitaire et nationaliste qui favorisent la désignation de boucs émissaires et font progresser la xénophobie et tous les racismes.

L’ensemble de celles et ceux qui avaient permis la défaite de Nicolas Sarkozy se retrouvent désemparé par cette politique loin, très loin, des valeurs traditionnelles de la gauche. Ce gouvernement se retrouve ainsi de plus en plus illégitime.

Les orientations internationales de François Hollande concourent à cette perte de repère. Il rompt avec la politique traditionnelle de la France à l’égard de la Palestine, s’engage dans des guerres sans qu’apparaisse une stratégie d’ensemble conduisant à des paix durables, se retrouve impuissant avec l’Union européenne à solutionner des conflits internes à l’Europe. Pire, son attitude à l’égard des manifestations de soutien au peuple palestinien cet été, permet de croire qu’il souscrit désormais au « choc des civilisations » cher à Mr Bush en transformant un conflit entre États en guerre de religion et en mettant à l’index les jeunes des quartiers populaires suspectés d’être antisémites.

La constitution du gouvernement Valls 2 n’a fait qu’aggraver les choses en soulignant la pratique autoritaire de ce gouvernement et la multiplication d’interventions inspirées par les exigences du MEDEF. Il expulse des ministres qui expriment leur doute sur la politique suivie, il se fait acclamer par les grands patrons, remet en cause les avancées de la loi sur le logement, poursuit la multiplication des menaces sur le code du travail et sur les 35 heures, reprend des thèmes de la droite visant à culpabiliser les citoyens comme le contrôle des chômeurs etc… etc… Cette ligne suicidaire pour le pays et pour la gauche est clairement assumée par François Hollande et Manuel Valls, mais aussi par le premier secrétaire du parti socialiste.

Ce n’est pas de coupes drastiques dans les dépenses publiques dont la France a besoin mais au contraire de plus de services publics, de protection sociale et d’investissements publics. Cette politique ne peut que mener notre pays qu’à la catastrophe. Elle ne fait qu’un gagnant : les actionnaires dont les dividendes ont augmenté de 30 % au second trimestre 2014 comparés au même trimestre de l’année précédente. Des alternatives existent à condition de répartir autrement les richesses, de partir des besoins sociaux et de la nécessité de répondre à la crise écologique.

Pour imposer sa politique, le président de la République s’appuie sur les institutions de la Ve République. Or celles-ci sont de plus en plus contestées au fur et à mesure que se révèle leur caractère antidémocratique. Une refondation démocratique avec comme perspective la VIe République s’avère comme un moyen essentiel de sortie de la crise. Il est temps de redonner la parole au peuple par un véritable partage des pouvoirs et des responsabilités du local au national. Ce sursaut démocratique doit s’enraciner dans une mobilisation sociale et politique sans précédent.

Le débat sur la politique économique et sociale du gouvernement provoque des fractures au sein même de la majorité gouvernementale. Cette situation ne peut se trancher par un coup de force gouvernemental condamnant la représentation nationale au silence à coup de 49-3 ou d’ordonnances. Tous les parlementaires de gauche qui doutent de cette orientation doivent  voter contre la confiance au gouvernement de Manuel Valls.

Dans cette situation, les mobilisations sociales, les réactions citoyennes sont indispensables pour casser l’offensive du gouvernement et du Medef. Le Front de gauche est favorable à la constitution d’un très large front de résistance pour mettre en échec la politique du gouvernement. C’est dans cet état d’esprit qu’il participe au Collectif, créé lors de la manifestation unitaire du 12 avril 2014, qui regroupe nombre d’organisations syndicales, d’associations et de partis politiques et qui constitue un premier pas vers une dynamique plus large.

Au plan politique le Front de gauche souhaite prendre les initiatives nécessaires à la convergence de celles et ceux qui veulent contribuer à un rassemblement majoritaire permettant de porter une alternative aux choix du pouvoir actuel. Un grand débat national doit avoir lieu sur cette question dans lequel les citoyennes et les citoyens doivent être présents à égalité de responsabilité. Dans cet esprit, le Front de gauche vous appelle d’ores et déjà à participer aux nombreuses initiatives qui auront lieu à la fête de l’Humanité.